Comment fixer des objectifs réalistes pour progresser au saxophone
Pourquoi la plupart des saxophonistes stagnent (et comment éviter ça)
Je me souviens d’un élève que j’avais il y a quelques années — appelons-le Marc. Il venait chaque semaine, travaillait avec sérieux, et pourtant, au bout de six mois, il avait l’impression de tourner en rond. « Jonathan, je joue tous les jours, mais je ne sais plus si je progresse. » Ce n’était pas un problème de talent, ni de travail. C’était un problème d’orientation. Marc jouait dans tous les sens, sans cap précis.

C’est l’un des pièges les plus courants que j’ai observés au fil de mes 20 ans d’enseignement. On s’assoit avec son saxophone, on fait des gammes, on rejoue le même morceau, on bidouille par-ci par-là… et on finit par se demander pourquoi on ne s’améliore pas vraiment. La réponse, la plupart du temps, tient en trois mots : fixer des objectifs.
Pas des objectifs vagues du genre « je veux m’améliorer » ou « je veux jouer comme Charlie Parker d’ici Noël ». Des objectifs réalistes, mesurables, qui correspondent à ton niveau et à ton rythme de vie. C’est ce qu’on va voir ensemble aujourd’hui.
L’erreur classique : viser trop haut (ou trop flou)
Quand j’ai commencé à enseigner, j’ai moi-même commis cette erreur avec mes premiers élèves. Je leur fixais des objectifs ambitieux parce que je voulais les voir progresser vite. Résultat ? Découragement, abandon, frustration. J’ai dû revoir complètement ma façon d’accompagner les gens.
Il y a deux types d’objectifs problématiques que je rencontre constamment :
- Les objectifs trop ambitieux : « Je veux jouer Careless Whisper parfaitement dans un mois » alors qu’on débute depuis trois semaines.
- Les objectifs trop flous : « Je veux progresser en improvisation » sans définir ce que ça signifie concrètement.
Dans les deux cas, tu n’as aucun moyen de savoir si tu avances. Et quand on ne voit pas les progrès, la motivation s’effrite. C’est humain, et c’est évitable.
La méthode SMART adaptée au saxophone
Tu as peut-être déjà entendu parler de la méthode SMART dans un contexte professionnel. Je l’utilise depuis des années, adaptée au monde du saxophone, et elle change vraiment la donne. Un bon objectif doit être :
- Spécifique : « Travailler le passage du Do au Ré bémol dans le chorus de ma chanson » plutôt que « améliorer mes doigtés ».
- Mesurable : tu dois pouvoir dire « oui, c’est acquis » ou « non, pas encore ». Par exemple, jouer une gamme à 80 bpm sans hésitation.
- Atteignable : tiens compte de ton niveau actuel et du temps que tu peux consacrer au saxophone chaque semaine.
- Réaliste : si tu travailles 20 minutes par jour, n’espère pas les résultats de quelqu’un qui joue 2 heures.
- Temporel : fixe une échéance. « D’ici la fin du mois, je veux pouvoir jouer ce thème lentement mais proprement. »
Quand Marc a recommencé avec cette approche — un objectif précis par semaine — il a vu la différence en moins d’un mois. Pas parce qu’il travaillait plus, mais parce qu’il travaillait mieux.
Comment structurer tes objectifs en pratique
Distingue les objectifs court, moyen et long terme
C’est une habitude que j’ai développée pour moi-même au fil du temps, et que je transmets désormais à tous mes élèves. Pense à trois niveaux :
- Cette semaine : un objectif très concret, atteignable en quelques sessions. Par exemple, apprendre les six premières mesures d’un thème, ou travailler la gamme de Sol majeur jusqu’à la mémoriser.
- Ce mois : un objectif intermédiaire. Être capable de jouer un morceau du début à la fin, même lentement. Maîtriser le vibrato sur des notes longues.
- Cette année : un grand objectif qui donne du sens à tout le reste. Jouer en public pour la première fois, comprendre les bases de l’improvisation jazz, ou passer à un niveau intermédiaire.
L’objectif annuel te donne la direction. Les objectifs mensuels et hebdomadaires te donnent les étapes pour y arriver. Sans cette structure, on avance à l’aveugle.
Ecris tes objectifs (vraiment)
Je sais, ça semble basique. Mais écrire ses objectifs — sur un cahier, une appli, un post-it collé sur l’étui — change tout. Notre cerveau prend beaucoup plus au sérieux ce qui est couché sur le papier. Personnellement, j’ai un carnet dédié à ma progression musicale depuis des années. Je le relis régulièrement et c’est une vraie source de motivation de voir le chemin parcouru.
Evalue et ajuste régulièrement
Un objectif n’est pas gravé dans le marbre. Si tu t’aperçois au bout de deux semaines que tu as sous-estimé la difficulté, ajuste. Si tu as atteint ton objectif plus vite que prévu, mets-toi un nouveau défi. Fixer des objectifs au saxophone, c’est un processus vivant, pas une liste statique.
Je te recommande de faire un bilan rapide une fois par semaine : qu’est-ce que j’avais prévu ? Qu’est-ce que j’ai réellement fait ? Pourquoi l’écart ? Cinq minutes suffisent, et ça te permet de rester sur la bonne trajectoire.
Des exemples d’objectifs concrets selon ton niveau
Pour que ce soit vraiment utile, voici des exemples que j’utilise régulièrement avec mes élèves :
Si tu es débutant
- Jouer les notes de Do à Sol de manière fluide d’ici deux semaines
- Maîtriser la respiration abdominale sur des notes tenues de 4 temps
- Apprendre une mélodie simple (comme « Frère Jacques ») d’ici la fin du mois
Si tu es intermédiaire
- Jouer la gamme de Ré majeur à 100 bpm en croches régulières
- Travailler le registre aigu sur les notes Fa# et Sol# sans couiner
- Apprendre les premiers chorus d’un standard jazz par cœur
Si tu es avancé
- Improviser sur une grille de blues en utilisant la gamme pentatonique mineure
- Travailler un langage bebop spécifique pendant 30 jours
- Préparer un répertoire de 3 morceaux pour une scène ouverte locale
Tu vois la différence avec « je veux m’améliorer » ? Ces objectifs sont clairs, datés, et tu sais exactement quand tu les as atteints.
Le piège de la perfection et comment s’en libérer
Un dernier point, et il est important. Beaucoup de saxophonistes — moi le premier, à mes débuts — repoussent leurs objectifs parce qu’ils ne se sentent « pas encore prêts ». Ils attendent de maîtriser parfaitement un morceau avant d’en apprendre un nouveau. Ils n’osent pas se fixer un objectif de jouer en public parce qu’ils ne sont « pas au niveau ».
La progression, c’est accepter l’imperfection comme étape normale. Tes objectifs ne doivent pas viser la perfection — ils doivent viser la progression. Il y a une énorme différence. Un morceau joué à 80% avec régularité vaut infiniment mieux qu’un morceau « presque parfait » qu’on n’a finalement jamais joué.
Alors, aujourd’hui — pas demain, pas après la prochaine leçon — prends cinq minutes pour définir tes objectifs saxophone de la semaine. Un seul, concret, atteignable. Écris-le. Et au travail.
Voir aussi en vidéo
Si tu veux aller plus loin dans ta progression, explore les autres articles du blog : tu y trouveras des conseils sur le travail des gammes, la technique de souffle, l’entretien de ton instrument et bien plus encore. Chaque petit pas compte, et je suis là pour t’accompagner à chacun d’eux. 🎷


















